
Du 15 mai au 17 mai 2025, trois professionnelles de l’EPSM Metz Jury ont effectué un voyage d’étude en Norvège, pays reconnu pour ses approches en santé mentale centrées sur les libertés individuelles et le rétablissement. L’objectif principal était d’observer comment ce pays met en pratique la réduction, voire la fin, de la contention et d’identifier ce qui pourrait être expérimenté chez nous.
Qui est parti et pourquoi ?
Le Docteur Schmitt avait déjà effectué une mission similaire en Norvège il y a plusieurs années et avait suggéré qu’il pouvait être intéressant pour une équipe d’y retourner. C’est ainsi que le trinôme s’est constitué et mobilisé autour de ce projet, composé de :
- Amélie RUNDSTADLER – Cadre de santé
- Dr Daniela TARUS – Cheffe de pôle et médecin psychiatre
- Émilie HARQUET – Cadre Supérieure de santé

La mission s’inscrivait dans une réflexion déjà engagée à l’EPSM Metz Jury sur l’évolution des pratiques soignantes, la question des droits des patients et l’architecture des espaces de soins. La Norvège, où seulement 7 % des soins psychiatriques se déroulent sans consentement, offrait un terrain d’observation particulièrement riche.
Deux établissements visités, une même philosophie
Le programme de la mission comprenait deux visites : l’hôpital de Lovisenberg à Oslo le premier jour, puis l’hôpital universitaire d’Akershus, établissement de psychiatrie de haute sécurité situé à 16 km d’Oslo, le lendemain.
À Lovisenberg, le trinôme a visité une unité de 10 lits, dont 3 réservés aux isolements partiels. La porte du service est ouverte de 9h à 21h, pour sortir mais pas pour entrer librement, afin de garantir la sécurité en sachant qui est présent dans le service à tout moment. L’isolement strict tel qu’on le pratique en France n’existe pas : quatre formes d’encadrement sont distinguées et formalisées : l’isolement partiel, la contention mécanique, la contention chimique à court terme et la contention physique. En situation d’isolement partiel, deux soignants accompagnent le patient en permanence, 24h/24. Le patient n’est jamais seul.
Les espaces ont été pensés pour préserver la dignité et favoriser l’autonomie : une salle des sens pour la détente sensorielle, des espaces de vie lumineux avec cuisine accessible, un espace fumeur extérieur, des bureaux soignants ouverts sur les espaces communs. L’architecture elle-même traduit leur philosophie : les soignants sont visibles, accessibles, dans le même espace que les patients. Ce n’est pas un détail, c’est le fondement de la relation thérapeutique.



À Akershus, l’unité visitée est un service de psychiatrie de haute sécurité du CHU, qui accueille environ 90 patients par an dont les soins sont pénalement ordonnés. Le contexte est donc très différent, et pourtant les mêmes grands principes s’appliquent. Aucun isolement strict : les patients en situation d’isolement sont accompagnés dans une aile à part, portes ouvertes, avec deux soignants présents en permanence. Le maintien du lien prime sur la mise à l’écart. Les familles sont intégrées au projet de soins dès les premiers instants. Et le patient n’apprend pas après coup ce qui a été décidé pour lui : il est présent, il participe.


L’établissement travaille également à la cohérence de sa culture du soin dans le temps grâce à un management orienté vers le changement, une revue des objectifs annuelle et la formation de l’ensemble des personnels.
Aussi, les municipalités se trouvent dans l’obligation légale de réserver un certain nombre de logement ou de faire construire des logements prévus pour accueillir des personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères après leur sortie. En 2022, c’était 8000 logements dédiés.
Quelques repères sur le modèle norvégien
- 7% seulement des soins psychiatriques sont sans consentement
- Porte du service ouverte de 9h à 21h
- Financement public à plus de 65%
- 2 soignants 24h/24 par patient, y compris en isolement partiel
L’Open Dialogue : ne rien décider sur le patient sans lui
À Akershus, c’est la pratique de l’Open Dialogue qui structure l’ensemble de la prise en charge. Le principe est simple : « Jamais rien sur moi sans moi ». C’est-à-dire que rien n’est discuté sur le patient en son absence. Les réunions cliniques se tiennent avec lui, les décisions se prennent avec lui. Les familles et les aidants sont intégrés dès l’admission et font partie du projet de soins.
En France, il est courant de tenir des réunions pluridisciplinaires en l’absence du patient, puis de l’informer après coup de ce qui a été décidé pour lui. L’Open Dialogue propose l’inverse avec la présence du patient qui peut librement poser ses questions, avoir des réponses de l’équipe et construire en collaboration son projet de soin en temps réel.
Ce qui a marqué l’équipe
Au-delà de l’organisation, c’est une posture soignante globale qui a retenu l’attention des trois professionnelles. En Norvège, les soignants sont physiquement présents dans les espaces de vie, avec les patients, et non confinés derrière des bureaux vitrés. L’assistant social joue de la guitare avec un patient dans la salle d’activités. En situation d’isolement, le patient n’est pas seul dans une chambre : il est dans un espace à part, accompagné en permanence, avec des canapés, des jeux, du lien humain.
Cette présence soignante au plus près du patient réduit mécaniquement les tensions. Elle permet aussi de construire une relation de confiance qui aide dans la prise en charge thérapeutique.
« L’hôpital vient du mot hospitalité, c’est-à-dire comment est-ce qu’on accueille le patient. La façon dont on lui donne le droit d’exister en tant que personne. C’est la base de notre métier. »
Emilie HARQUET, Cadre Supérieure de Santé
Ce que l’on peut transposer et ce que l’on ne peut pas
Les trois professionnelles sont revenues avec une vision lucide. Les effectifs norvégiens, l’obligation légale de logement à la sortie ou encore la conception du secret professionnel, plus ouverte à la famille qu’en France, ne sont pas directement reproductibles. Les moyens ne sont pas les mêmes.
Mais les principes, eux, sont applicables : être davantage présent dans les espaces de vie, redonner la parole au patient dans les décisions qui le concernent, impliquer les familles et les aidants, aborder la question de la liberté d’aller et venir dès l’admission. Ce sont des changements de posture avant d’être des changements de moyens.
Mettre en pratique ces enseignements : le PACTE
De retour à Metz, le trinôme a pris connaissance du PACTE (Programme d’Amélioration Continue du Travail en Équipe) et y a immédiatement identifié un cadre structuré pour expérimenter concrètement les apprentissages de cette mission d’étude. PACTE s’inscrit dans les priorités de l’établissement en matière de qualité, de droits des patients et de travail en équipe.
Docteur Tarus, étant la cheffe du pôle de psychiatrie adulte intra hospitalier et médecin responsable de l’unité Jean Moulin, et Amélie Rundstadler en étant la cadre de santé, c’est cette unité qui a été choisie pour l’expérimentation. L’équipe de cette unité, déjà sensibilisée à ces questions, s’est montrée volontaire pour s’engager dans cette démarche, ayant besoin également de retrouver le sens de leur travail.
Les prochaines étapes
L’équipe de Jean Moulin va s’engager sur plusieurs axes en parallèle : formation au rétablissement, renforcement de la cohésion d’équipe, travail sur l’accueil et l’intégration des familles dès l’admission, et réflexion sur la liberté d’aller et venir au quotidien et la responsabilisation du patient dans son propre rétablissement. Si l’expérience porte ses fruits, elle a vocation à être partagée avec les autres unités intra-hospitalières de l’établissement.
L’objectif n’est pas de reproduire le modèle norvégien tel quel, mais de s’en inspirer pour retrouver et renforcer le sens du soin, et redonner au patient la place qui lui revient dans sa propre prise en charge.
« Aujourd’hui, avec toutes les démarches administratives, les soignants sont de plus en plus bloqués à l’intérieur des bureaux, au détriment de la relation avec le patient. On se rend compte que si on passe plus de temps avec lui, si on fait des activités ensemble, il se sent plus considéré, plus comme une personne à part entière et moins comme un malade. On remet tout le monde sur le même pied d’égalité, il n’y a plus de hiérarchie, juste des échanges. »
Amélie RUNDSTADLER, Cadre de santé
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